Au pays du défi physique élevé au rang de seconde nature, il est un joueur qui dénote. Car si François Steyn affiche des mensurations (1,91 m, 100 kilos) dignes des canons sud-africains, ce jeune joueur de 20 ans allie à ses aptitudes physiques une vista des plus rares, illustrée brillamment lorsqu'il offrit la victoire (22-19) aux Boks face à des Wallabies menant encore au score à trois minutes de la sirène lors du match d'ouverture du Tri-Nations. Deux drops, dont l'un improbable claqué des quarante mètres (42 mètres très exactement!) depuis la ligne de touche, qui ont mis KO les Wallabies.
Deux inspirations exceptionnelles en vingt minutes depuis sa sortie du banc de touche, manifestations d'un instinct peu commun, à un moment du match où seuls les joueurs de classe mondiale sortent du lot. Steyn s'inscrit à coup sûr dans cette catégorie. Car la trajectoire de ce jeune trois-quarts pétri de qualités s'avère marquée par une précocité hors norme, lui qui ne compte avec les Springboks que quatre petites capes. Une sélection sud-africaine qu'il a rejoint sans attendre de faire ses classes, passant directement des moins de 19 ans au maillot des champions du monde 1995. Le talent n'attend pas... Et Steyn, capable d'occuper tous les postes du n°10 au n°15, en a revendre, au point d'être déjà catalogué en Afrique du Sud comme un nouveau phénomène.
Un engouement que Jake White, l'entraîneur sud-africain, ne peut que constater lorsqu'il avoue: "François n'est pas un joueur comme les autres. Qu'est-ce que je peux dire? Vous avez vu d'où il tape son premier drop, les pieds sur la ligne de touche? Là, ce n'est plus une question de coaching, c'est de l'instinct. C'est une question de feeling. François l'a. Il est encore très jeune, mais il a montré qu'il pouvait faire preuve d'une grande maturité. (...) Nous savions que François pouvait changer le cours d'un match, et il peut jouer partout derrière avec autant de talent. C'est bien d'avoir dans son équipe des joueurs capables de vous enlever de la pression au moment où vous en avez besoin."
Un concert de louanges pour Steyn que même ses adversaires sont contraints de nourrir à l'image de l'Australien Stirling Mortlock bien obligé de reconnaître à son tour le flair du petit génie en herbe: "Je crois qu'il a déjà prouvé dans le Super 14 qu'il est solide quand il s'agit de tenter des drops. Le premier ne m'a pas surpris, mais le second a été réalisé sous une pression extrême. C'est assez rare, et c'est un don incroyable qu'il possède." Et dont l'intéressé a fait preuve dès sa première sélection en Irlande, en novembre 2006, lors d'une tournée d'automne pourtant fort délicate pour des Boks moribonds.
Face aux hommes en Vert, le joueur des Sharks, la future équipe d'un certain Frédéric Michalak, fêtait sa première cape en position d'ailier par un premier essai. Titularisé à l'arrière à Twickenham, face à l'Angleterre, il se fendra d'un drop des... cinquante mètres. Le dropeur fou avait déjà frappé... Et quand on aura dit que la première apparition de Steyn sous le maillot des Sharks ne date que du printemps 2006 et fut conclue ce jour-là sur un titre de meilleur joueur du match, on comprendra que l'avenir de la nouvelle pépite du rugby sud-africain s'annonce des plus radieux.
Sinon, il y a ça
* qui vient du blog
sarugby est qui est une description des plus complètes de François ! [mais certes un peu longue ;)]
Pix : François Steyn et Jake White, qui est en train de le féliciter après ses deux drops qui ont permis aux Springboks de gagner lors du match d'ouverture du Tri-Nations 2007 face à l'Australie, le 16 juin 2007 à Newlands Stadium, à Cape Town (Afrique du Sud).